J’avais l’habitude d’aller me promener dans le Boisé du Domaine Saint-Pauldeux fois par semaine. Mais dimanche, c’était seulement la deuxième fois que j’y mettais les pieds depuis que le Service des grands parcs l’a décimé en janvier, à grands coups de scies à chaîne. Je ne suis pas près d’y retourner. Les oiseaux le boudent également. Je n’en ai ni vu ni entendu un seul en le traversant, ce qui ajoute à la désolation ambiante.
Dans un carnet antérieur, je m’étais demandé s’il ne faudrait pas rebaptiser notre petite forêt urbaine le presque-boisé Saint-Paul. Un ami, humoriste à ces heures, m’a plutôt suggéré « les clairières Mauger ». Je ne crois pas que ce serait du goût de notre mairesse bien-aimée.
Lors de la séance publique d’information du 26 novembre, l’Arrondissement avait promis une plantureuse replantation en vertu du programme fédéral visant à implanter deux milliards d'arbres au Canada. Seul petit problème, l'ambitieux programme fédéral de plantation en milieu urbain ou suburbain n'est plus disponible en 2025. L'administration verdunoise a-t-elle pris la précaution de faire sa demande d'aide à temps ? Pardonnez le jeu de mots, mais la question est épineuse.
En effet, le Service des grands parcs de Montréal n'a pas de programme de plantation et Verdun n'a ni budget ni plan de plantation pour remplacer les arbres abattus. Dans un tel contexte, la conseillère Céline-Audrey Beauregard peut-elle continuer à promettre « un plan de reboisement et des plantations » ce printemps ? Y aura-t-il une résolution à cet effet au prochain conseil d'arrondissement ?
Une autre promesse faite lors de la séance d’information pose problème. Ce soir-là, l’ingénieur forestier des Grands Parcs avait juré, graphique à l’appui, que seulement cinq pour cent des arbres vivants disparaîtraient du boisé. Quand on voit son état déplorable, il est difficile de croire à ce calcul jovialiste.
Bien sûr, le printemps fera pousser des feuilles dans les arbres épargnés, de sorte que le Domaine Saint-Paul retrouvera un peu de son éclat. Mais il est probable qu’il faudra plusieurs générations avant de le voir retrouver toute sa splendeur. J’espère me tromper, mais je doute que la mienne puisse voir cette régénérescence.
Dimanche, je suis aussi passé à côté du terrain où doit être implantée la fameuse pumptrack que Verdun veut imposer à L’Île-des-Sœurs. Pas un mauvais projet, répétons-le, mais pas sur ce site situé en plein milieu d’un corridor écologique et fréquenté par plusieurs espèces menacées ou vulnérables.
Il faut y revenir encore puisque l’Arrondissement s’entête dans son erreur. Cette piste à rouleaux serait située trop près d’un boisé déjà fragilisé et trop près d’habitations dont la quiétude serait troublée. En revanche, elle serait localisée trop loin des commerces de l’Île et trop loin des transports en commun. L’arrêt de
bus le plus proche est, en effet, à 13 minutes, selon Google. De plus, il est situé sur la ligne 12, dont la fréquence est faible.
En fait, on aurait tenu un concours pour choisir le pire endroit, et c’est celui-là qui l’aurait emporté haut la main.
Heureusement, tout espoir n’est pas perdu. D’abord, la contestation est bien organisée. Puis, les opposants sont nombreux et loin de la capitulation. Devraient-ils aller jusqu'en cour ? Chose certaine, deux campagnes de financement participatif pour les frais juridiques sont en cours et vont bon train.
De plus, on peut espérer que le parti de la mairesse Mauger finira par entendre raison. S’il s’est fourvoyé dans le dossier du Boisé, il peut encore se rattraper en intégrant le terrain destiné à la pumptrack au Domaine Saint-Paul. Ce serait un bien beau legs pour le 150 e anniversaire de Verdun.
À six mois des élections municipales, il est peut-être encore temps pour Projet Montréal d’éviter le naufrage à L’Île-des-Sœurs.
Paul Roux (avec la participation d’Alain Bossé)
